Êtes-vous assez malin pour travailler chez Google ?

Si vous demandez à cent jeunes diplômés pour quelle entreprise ils se voient travailler dans leurs rêves les plus fous, Google apparaît assurément dans le top 3. On comprend donc que ce géant de l’internet puisse se permettre de mettre ses candidats sur la sellette. À moins que ces questions saugrenues ne cachent un sens réel…

Êtes-vous assez malin pour travailler chez Google ?

Les procédures d’embauche de Google font tellement parler d’elles qu’elles font même l’objet de nombreux ouvrages dont le divertissant ‘Are you smart enough to work at Google ?’ de William Poundstone (que l’on peut traduire librement par ‘Êtes-vous assez malin pour travailler chez Google ?’).  L’auteur y donne toute une série d’exemples de casse-tête qui sont utilisés en guise de questions de sélection par la plus puissante entreprise au monde du marché de l’internet.

 

Vous êtes réduit au format d’une pièce de monnaie...

Les questions d’embauche posées par Google ont de quoi décourager le commun des mortels. À moins que vous n’ayez la réponse à des questions du genre : « Par une erreur d’expérimentation, vous êtes réduit au format d’une pièce de monnaie et par un malentendu encore plus désolant, vous vous retrouvez au fond d’un robot ménager. Vous avez une minute pour vous en échapper avant d’être réduit en miettes par les lames tranchantes de l’appareil. Que faites-vous ? » Nous vous épargnons un cours avancé de physique, mais il est évident que vous n’aurez pas le temps de détricoter vos vêtements pour fabriquer un lasso. D’après ce qu’on dit, la bonne réponse revient tout simplement à sauter hors du robot ménager.  Naturellement, cette solution s’appuie sur un raisonnement limpide : votre force musculaire diminue avec la taille de votre corps,  mais votre poids aussi (et dans la même mesure). Conclusion : votre version miniature peut sauter grosso modo aussi haut que vous-même. Et si l’on calcule qu’un homme moyen peut sauter 75 centimètres de hauteur environ, cela suffit pour sortir aisément d’un simple robot ménager.


La morale de l’histoire, c’est que les neurones de la plupart des candidats perdent les pédales au moment même où on leur pose la question, parce que la situation décrite est totalement irréaliste. Google est donc à la recherche de l’oiseau rare qui réussira à réduire le problème à sa substance en un minimum de temps. Dans ce cas : à quelle hauteur un homme miniature est-il capable de sauter ?

 

Ce que recherche véritablement Google

Si de très nombreuses sociétés recourent aujourd’hui à ce type de question énigmatique, c’est tout simplement parce qu’en ces temps difficiles pour l’économie, ce sont elles qui tiennent les rênes en main. Les jobs sont rares et les candidats hautement qualifiés se tiennent en rangs serrés. Se montrer extrêmement sélectif lors du recrutement n’est donc (généralement) pas sanctionné. En outre, la plupart des recruteurs lorgnent sérieusement vers le succès d’entreprises cool comme Google et Apple, et suivent dès lors la tendance de ces casse-tête sans vraiment se demander si cela leur permettra de ramener le bon candidat dans leurs filets.  Une question que s’est bien évidemment posée Google et qui a pour corollaire de savoir quel type de personne la société recherche vraiment. En réponse à cette dernière question, il apparaît que Google engage de préférence des ingénieurs en logiciel extravertis et au contact social aisé. Et comme le cliché du fana d’informatique complètement coupé du monde n’est finalement pas très loin de la réalité, il est difficile de trouver ces exceptions à la règle. En outre, la persévérance est une qualité très appréciée par le Googleplex, qui affiche donc un intérêt supplémentaire pour les personnes qui ont vaincu une certaine résistance pour atteindre leur objectif. C’est ainsi que le géant de l’internet a engagé pratiquement 50% de femmes alors que peu de jeunes filles sortent de leurs études avec un diplôme d’ingénieur en logiciel. 

 

Comment Google atteint son objectif

Comme l’entreprise ne projette pas encore d’arrêter sa fulgurante expansion, elle a besoin d’esprits particulièrement créatifs capables de remplir plusieurs fonctions. Et il semble très difficile de mettre au point des procédures de recrutement qui réussissent à identifier ce type de personne. C’est pourquoi l’entreprise de Larry Page et Sergeï Brin recourt à une procédure de recrutement complexe visant à exclure au maximum les inévitables préjugés des recruteurs. Les candidats qui survivent à la première sélection sont donc invités à se rendre gratuitement en avion au siège central de Google. En une seule journée, ils y rencontrent cinq interrogateurs différents qui ont eux-mêmes été soigneusement sélectionnés en fonction de la diversité de leur expérience. Lors de ces cinq entretiens, l’accent est mis sur des tests pratiques et certainement pas (plus) sur des casse-tête. Chaque interrogateur livre un rapport avec une cote de 1 à 4 (1 signifie : ne pas engager ; 2 signifie : je ne pense pas que nous devions recruter ce candidat, mais  je peux être convaincu du contraire, etc.). Ces scores sont réunis dans un ‘package’, un dossier d’une cinquantaine de pages rassemblant toutes les informations objectives que l’on puisse trouver sur un candidat (y compris ses points à l’école primaire). Une commission de recrutement dont les interrogateurs ne font pas partie donne un avis positif ou négatif sur la base de ces informations et c’est finalement au grand patron Larry Page en personne que revient la décision finale.   

 

Les vertus de la persévérance

C’est compliqué ? En effet, mais la procédure semble un peu plus fructueuse que le questionnaire scientifique que Google avait fait développer à ses débuts pour dénicher des informaticiens créatifs. De manière générale, il est d’ailleurs très difficile d’élaborer un test à choix multiple qui sélectionne à coup sûr des candidats sur la base des qualités souhaitées. Une histoire vraie qui s’est déroulée pendant la Deuxième Guerre mondiale illustre parfaitement cette problématique : l’armée américaine a demandé à des psychologues de mettre au point une batterie de questions permettant de choisir les pilotes potentiels. Le comique de l’histoire, c’est qu’il est rapidement apparu qu’une seule question prédisait mieux que l’ensemble du test si les candidats feraient un jour de bons pilotes.  « Avez-vous déjà construit une maquette d’avion qui puisse voler ? » Les candidats qui répondaient positivement à cette question avaient en effet une véritable passion pour l’aviation, ce qui les prédisposait à traverser n’importe quoi pour réaliser leur rêve de jeunesse.  


La persévérance envers et contre tout est vraisemblablement une qualité déterminante pour réussir vraiment. Et cela aussi, c’est un facteur qui peut se mesurer indirectement à l’aide des nombreux casse-tête référencés par Poundstone dans son ouvrage. Des gens qui ne sont pas frustrés si leur premier raisonnement débouche sur une impasse, mais qui passent tout simplement à l’idée suivante jusqu’à ce qu’ils trouvent la solution. 

Jeudi 19 Février 2015 om 9:9

Manu Sinjan

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