A la rencontre des enfants du millénaire

Ils pensent qu’il est important de réaliser ses rêves, ont envie d’entreprendre et veulent tirer profit de chaque possibilité qui se présente à eux. Partons à la rencontre de la génération Y, cette génération qui veut tout.

A la rencontre des enfants du millénaire

Exit la génération X. Voici la génération Y, celle des enfants du millénaire, objet de toutes les attentions. Il s’agit des 18 à 30 ans qui sont sur le point d’entrer sur le marché de l’emploi ou qui travaillent déjà depuis quelques années. Demain, c’est eux qui auront le pouvoir. Comment cette génération se positionnet-elle par rapport au marché de l’emploi et au monde professionnel ? Nous avons interrogé un traqueur de tendances, Herman Konings (51 ans), un des derniers dinosaures du baby-boom.  

 

Pendant de nombreuses années, tout le monde rêvait de faire carrière dans la même entreprise. Aujourd’hui, l’idée selon laquelle tout le monde sera amené à exercer plusieurs emplois différents semble bien acceptée. Les enfants du millénaire sont-ils des modèles de loyauté à leur employeur?​

Herman Konings: «Pas du tout. S’ils trouvent mieux ailleurs, ils quitteront leur employeur sans l’ombre d’un doute. Les jeunes de la génération Y ont peur de la routine et du prévisible: ils tremblent à l’idée de faire le même travail pendant 40 ans. Nombreux sont les 20-30 ans qui ont vu leurs parents aller au travail en traînant des pieds : papa et/ou maman gagnaient bien leur vie, mais ils ne trouvaient aucun plaisir au travail. Cette nouvelle génération envisage les choses différemment. Les jeunes du millénaire veulent trouver avant tout un travail qui fasse sens et pas seulement un emploi en rapport avec leur diplôme. Ils trouvent tout à fait normal qu’un historien décide de monter un coffee shop ou un expresso bar.»

 

On peut lire parfois que la génération Y est moins respectueuse de la hiérarchie. Est-elle vraiment allergique à toute idée de hiérarchie?

«Pas vraiment. La génération Y témoigne de l’admiration pour les patrons, car ceux-ci ont souvent réalisé des choses au cours de leur carrière. Mais de là à leur faire des courbettes, il y a un pas qu’ils ne sont pas prêts à franchir. Les jeunes du millénaire veulent davantage être traités comme des égaux, parce que leurs parents les ont traités de la sorte. En général, les jeunes s’entendent très bien avec leurs parents, il n’y a plus de conflits de générations. C’est pourquoi, ils veulent communiquer de la même manière avec les gens de l’âge de leurs parents et leurs patrons. Ce n’est pas un manque de respect, c’est plutôt une autre manière de voir les choses: ils veulent avoir aussi leur mot à dire.»

 

WECONOMY

C’est une génération qui n’a pas peur d’entreprendre. On ne compte plus les créations de bars à soupes, boutiques en ligne et start-ups technologiques.

«Trois fois plus de jeunes du millénaire sont de jeunes entrepreneurs! Ils ont compris que, plus que jamais, ‘on ne fait rien de bon à contre-coeur, c’est-à-dire à contre-rêve’. S’ils ne sont plus heureux dans leur emploi, ils se disent simplement:«Pourquoi ne pas créer ma propre entreprise ? ». Bien entendu, il n’est pas facile de créer une entreprise, notamment de convaincre une banque de financer le projet. La génération Y a trouvé le moyen de contourner cette difficulté en faisant appel au financement participatif. De nombreux jeunes entrepreneurs se réunissent aussi dans des hubs créatifs. C’est l’une des caractéristiques de la weconomy : l’union fait la force.»

 

Suivre ses passions, poursuivre ses rêves,... La réalisation de soi semble essentielle pour les jeunes du millénaire.

«Absolument. Ils sont beaucoup plus attentifs au développement personnel que la génération précédente. Les trentenaires et les quarantenaires sont avant tout préoccupés par des questions d’organisation: comment combiner vie familiale et vie professionnelle. La génération Y est beaucoup moins sensible à cette question. C’est sans doute lié à l’âge, la plupart des jeunes du millénaire n’ont pas encore fondé une famille, mais l’effet générationnel joue aussi un rôle important».

 

Comment cette génération qui a aujourd’hui entre 20 et 30 ans va-t-elle se positionner lorsqu’il s’agira de gérer cette différence entre la vie professionnelle et la vie familiale ?

«La génération Y est très différente de la génération actuelle des 30 à 40 ans qui ont instauré une frontière rigide entre travail et vie privée, ce qui engendre d’ailleurs davantage de stress. Les jeunes du millénaire sont plutôt work-life-blend que work-life-struggle, qui représente un changement de philosophie de vie radical. Ainsi, ils choisissent de plus en plus souvent de travailler à domicile afin de rester avec leurs enfants. Le concept flexwork est bien accueilli au sein de la génération Y.»

 

Cette attitude ne comporte-t-elle pas un risque, celui de travailler sans arrêt?

«Les générations précédentes ne comprennent peut-être pas cette absence de séparation entre vie privée et vie professionnelle, mais pour les jeunes du millénaire, ce mélange entre vie privée et professionnelle est naturel. Cela va de soi, cela fait partie intégrante de leur langage et de leur dialecte. Pour eux, travailler à domicile n’est pas une punition, au contraire. Cela permet de travailler et de s’amuser sur son lieu de travail. C’est d’ailleurs ce qu’ils recherchent. On parle ainsi de parfois de bleisure, la contraction des mots anglais business et leisure: travailler et se détendre. C’est un phénomène bien connu dans le secteur de l’hôtellerie : de nombreux hôtels proposent aujourd’hui des formules «détente» aux hommes d’affaires. Cette proposition est très appréciée par les hommes d’affaires plus jeunes.»

 

DIGITAL DETOX​

Dans quelle mesure la génération Y estelle restée matérialiste ? Le salaire est-il toujours aussi important?​

«Aujourd’hui, c’est avant tout l’épanouissement au travail qui compte: être heureux au travail est devenu une exigence. Les symboles du statut social, notamment une grosse voiture, n’ont plus vraiment la cote. Le statut social n’est pas tant déterminé par la possession de biens que par la possibilité de vivre des expériences. Bien entendu, pour pouvoir s’offrir un billet pour Tomorrowland ou un trek dans l’Himalaya, il faut disposer d’un certain pouvoir d’achat. Ce qui explique pourquoi, au bout du compte, la génération Y ne restera pas insensible au montant du salaire. Lorsqu’on demande à de jeunes adultes s’ils préfèrent gagner un salaire confortable ou avoir un job épanouissant, ils répondent: «Je n’ai pas envie de choisir. Je veux les deux». Alors qu’un baby-boomer s’intéresse à l’un ou par l’autre, les jeunes de la génération Y répondent: nous voulons un bon salaire et un travail intéressant.»

 

C’est pourquoi, on parle parfois de «phygital generation»?

«Précisément, c’est une conséquence de cette attitude qui consiste à tout vouloir. Par «Phygital», on entend physical (physique) et digital (numérique). Cette génération intègre des éléments numériques dans le monde «offline». La génération Y écoute des disques vinyles, boit du café artisanal et utilise de vieilles machines à coudre Singer, ce qui ne l’empêche pas d’avoir toujours un smartphone à portée de main. C’est cette attitude, le désir d’allier le meilleur des deux mondes, qui distingue cette génération.»

 

Vous avez déclaré que même si la génération Y maîtrise parfaitement les outils numériques, elle ne s’épanouit que dans le cadre de rencontres physiques et les travaux manuels.

«Plus nous sommes entourés de technologie, plus nous ressentons le désir de nous offrir des pauses off-line. La génération Y a parfois envie de se déconnecter volontairement d’Internet afin de se ressourcer. C’est aussi une grande différence avec les enfants d’aujourd’hui qui sont vus le jour dans l’univers numérique et qui sont en contact avec toutes ces nouvelles technologies depuis leur plus tendre enfance. Si pour les plus jeunes, l’omniprésence de la technologie n’est pas une source de stress, il n’en va pas de même pour la génération Y qui a reçu une éducation analogique. En effet, les jeunes du millénaire ont encore été éduqués avec des cahiers, des livres etun crayon. Ce sont les enfants d’aujourd’hui les «vrais» enfants du millénaire».

Maandag 29 Februari 2016 om 21:0

Gerlinde De Bruycker

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