Apprendre à entreprendre

Même si on parle souvent d’entrepreneurs-nés, il est bon de savoir qu’il est possible d’apprendre à entreprendre. Aujourd’hui, de nombreuses organisations proposent des initiatives destinées à encourager les jeunes à entreprendre, notamment les mini-entreprises. Ce projet, qui s’adresse aux étudiants de l’enseignement secondaire, permet aux jeunes de créer et de gérer leur propre entreprise.

Apprendre à entreprendre

En Flandre, le nombre de jeunes qui souhaitent créer leur entreprise n’a jamais été aussi élevé.

Peter Coenen, Directeur de l’organisation VLAJO (Vlaamse Jonge Ondernemingen) qui regroupe les jeunes entrepreneurs flamands, est persuadé qu’à l’avenir, les jeunes seront toujours plus nombreux à vouloir créer leur propre entreprise : « Nous sensibilisons les jeunes à l’esprit d’entreprise et les encouragerons dans cette voie. Dans ce cadre, nous mettons en oeuvre une série d’initiatives visant à créer des passerelles entre le monde de l’enseignement et celui de l’entreprise. Nous constatons fréquemment que même les plus jeunes ont envie d’entreprendre. Nous souhaitons encourager ceux qui ont envie de monter leur propre entreprise à aller au bout de leur rêve. Le professeur Hans Crijns, responsable du cours Management Practice à la Vlerick Business School, m’a confié que, selon lui, l’enseignement tue le désir d’entreprendre. En effet, il a constaté que la durée de la formation est inversement proportionnelle à l’envie d’entreprendre. C’est peut-être une boutade, mais elle contient sans doute une part de vérité. L’environnement, la culture et le contexte social dans lequel nous évoluons jouent un rôle déterminant dans la formation de l’esprit d’entreprise. Aujourd’hui, certains enseignants parviennent à créer un climat favorable à l’esprit d’entreprise, mais cela ne suffit pas ».


DONNER L’EXEMPLE
Le contexte social joue un rôle déterminant dans le désir d’entreprendre et la réussite. Dans des pays comme les Etats-Unis, l’esprit d’entreprise est valorisé, tandis que dans nos pays, c’est parfois l’inverse.

Peter Coenen : « En Belgique, on reproche notamment aux entreprises d’engranger des bénéfices considérables et de polluer la planète. Bref, on crée un climat général qui n’est guère favorable à l’esprit d’entreprise. Le tableau doit cependant être nuancé. En effet, nous constatons aujourd’hui qu’une série de mesures ont été prises en Flandre pour encourager et faciliter la création d’entreprise, même si elles restent insuffisantes.
Il s’agit de les intensifier, car les jeunes entrepreneurs d’aujourd’hui sont non seulement des employeurs de demain, mais aussi des acteurs du changement et de l’innovation qui osent prendre des risques. Dans le sport, nous avons de nombreux champions. Nous admirons tous ces sportifs qui servent souvent de modèles ou d’exemples. Pourquoi ne pourrait-il pas en être de même pour les entrepreneurs?
Mettre en avant la réussite de jeunes entrepreneurs permet de donner un exemple positif aux jeunes. Les entrepreneurs pourraient ainsi devenir des idoles pour les jeunes générations, au même titre que certains joueurs de football.»


LA MÉTHODE RAOP
VLAJO met tout en oeuvre pour familiariser les jeunes avec l’esprit d’entreprise à un stade précoce de leur parcours.

Peter Coenen: « Nos parcours entrepreneuriaux commencent à partir de 3 ans. Cela peut paraître précoce, mais il s’agit de programmes pédagogiques et ludiques. Nous utilisons la méthode RAOP : Rêver, Agir, Oser, Persévérer. Les projets ne se limitent pas aux parcours d’apprentissage. Chaque année, nous invitons 500 à 600 entrepreneurs à intervenir auprès des écoliers. Tous ces entrepreneurs ont à leur compte des réalisations concrètes. Ils ont osé prendre des initiatives et ont fait preuve de persévérance.
Cela interpelle les jeunes. Nous ne vendons pas du rêve. Il s’agit de récits et de témoignages authentiques d’entrepreneurs en chair et en os. Des entrepreneurs qui parlent de leurs réussites, mais également de leurs échecs. Leurs témoignages montrent aux jeunes que la vie d’un créateur d’entreprise n’est pas toujours facile, qu’elle est faite de hauts et de bas. Tout comme à l’école, où l’on peut obtenir d’excellentes notes dans certaines matières et de moins bonnes dans d’autres ou à d’autres moments. Dans tous les cas de figure, l’essentiel c’est de tirer les leçons de ses échecs pour s’améliorer ».


RÊVER, AGIR, OSER ET PERSÉVÉRER
Le VLAJO essaie également de créer un environnement sécurisé qui permet aux jeunes de se confronter à la réalité de l’entreprenariat dans le cadre de l’école.

Peter Coenen : « Le parcours des mini-entreprises est destiné aux élèves du troisième degré de l’enseignement secondaire. Il marque un moment clé dans le parcours des jeunes entrepreneurs. On offre en effet la possibilité à des jeunes de 17 et 18 ans de créer une entreprise. Ce parcours qui se déroule sur une année scolaire complète vise à encourager les jeunes à réfléchir à une idée créative qui doit aboutir sur un produit ou un service autour duquel la mini-entreprise sera axée. Nous aidons ensuite les jeunes à trouver les moyens nécessaires à la création de leur entreprise. Nous les accompagnons également pour le lancement sur le marché. Nous insistons sur l’importance du produit, mais aussi de la stratégie commerciale : réaliser une étude de marché et vendre des actions à la famille, aux amis ou à des tiers afin de se constituer un capital de départ. Nous abordons aussi la question du processus de production, de la recherche de clients, des campagnes publicitaires, etc. Une fois que le capital de départ a été constitué, les jeunes entrepreneurs peuvent envisager de passer à la recherche de fournisseurs.
Même s’il agit d’un projet à petite échelle réalisé dans un cadre porteur, les participants portent un regard très favorable sur l’expérience. Ils apprennent notamment à passer des commandes, fabriquer un produit et calculer les marges bénéficiaires. Ils doivent en outre accomplir l’ensemble des formalités administratives : enregistrement (fictif ) de l’entreprise, suivi (fictif ) de la comptabilité, paiement des salaires, etc.
Les jeunes impliqués dans le projet apprennent également à régler de manière fictive les prélèvements obligatoires (ONSS) liés à l’activité. Ils découvrent aussi que si une activité commerciale permet de générer des bénéfices, il faut aussi tenir compte de l’ensemble des frais lié à l’activité, notamment les impôts sur les sociétés. Même s’il s’agit d’une simulation, cela permet de donner aux jeunes une idée précise des réalités de l’entrepreneuriat. Ils apprennent aussi qu’une entreprise peut être rentable. En Flandre, on constate qu’une action qui valait au départ 10 euros vaut en moyenne 18 euros à l’issue du parcours. »

 

LA PREMIÈRE ÉQUIPE
Les mini-entreprises proposent souvent des solutions pratiques. Ainsi, le vainqueur 2015 du parcours mini-entreprises, le collègue Sint-Leo de Bruges, a été récompensé pour avoir développé le «Tapalo», un couvercle personnalisable qui peut se placer sur un gobelet ou un verre pour éviter qu’un inconnu ne puisse verser une substance non désirée dans votre verre lors des festivals ou des soirées.

Peter Coenen ajoute: « Il faut que la création d’entreprise soit reprise dans tous les programmes scolaires afin de pouvoir encourager et former à la création d’entreprise à l’école. Dans l’enseignement supérieur, on pourra ainsi passer à la dernière phase du parcours: la création d’une véritable entreprise ou d’une start-up dans le cadre de l’initiative « Small Business Project » et de la VLAJO Start Academy. Si on compare notre système avec le monde du football, les mini-entreprises de l’enseignement secondaire servent en quelque sorte de terrain d’entraînement. Elles doivent permettre aux étudiants du secondaire d’évoluer ensuite en première division ( ndlr. l’enseignement supérieur) dans le cadre de l’initiative « Small Business Project », qui s’inspire fortement de la vie réelle des entreprises et qui permet également de créer sa propre entreprise. Le système des mini-entreprises nous permet par ailleurs de détecter les jeunes talents. Nous avons ainsi créé une association des anciens au sein de notre organisation qui permet de garder le contact et d’accompagner tous ceux qui souhaitent travailler dans le monde de l’entreprise.»

Zondag 1 Mei 2016 om 17:0

Pascal Dewulf

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