La slowbalisation remplace le capitalisme

Dans combien de temps la voiture qui roule toute seule envahira nos rues, bouleversant notre mode de vie et de travail, personne ne peut encore le dire, mais le projet est en voie de se concrétiser. Les jeunes diplômés qui sont sur le point de se lancer sur le marché de l’emploi doivent tenir compte de «l’uberisation » de l’économie et des nouveaux modes de travail. Si on ne peut pas encore prédire avec exactitude de quoi l’avenir sera fait, d’autant qu’il n’existe pas de consensus sur ce point parmi les traqueurs de tendances, il est indéniable que de plus en plus de jeunes choisiront de monter leur entreprise. Place à une vision nouvelle de l’entreprise, axée sur le local, la collaboration et la réflexion à long terme.

La slowbalisation remplace le capitalisme

PENSER DES CATHÉDRALES
En préambule de chacune de ses présentations, le traqueur de tendances Herman Konings projette une image qui évoque tout d’abord une chambre d’adolescent mal rangée. A y regarder de plus près, toutefois, les vêtements et les chaussures qui jonchent le sol dessinent une carte de l’Europe.
Selon Konings, notre vieux continent est « plutôt chiffonné » suite à la crise grecque, la crise des réfugiés et les problèmes liés à l’emploi et à la politique. Cette situation engendre non seulement la peur, l’incertitude et le doute, mais aussi la résistance face à l’évolution de la société et aux nouvelles tendances. Un exemple : les gens affirment vouloir manger plus sain. Or, selon l’industrie agro-alimentaire, la consommation de graisse et de sucre ne cesse d’augmenter. « En cette période marquée par les difficultés et les incertitudes, les gens veulent malgré tout continuer à se faire plaisir», constate Herman Konings.
«On assiste à un phénomène de réaction important. Alors que la globalisation progresse à grands pas, l’intérêt pour le local n’a jamais été si important, la numérisation provoque un retour de l’analogique, et la recherche d’authenticité se lit comme une réponse à la standardisation croissante». Il se développe dès lors un marché important pour tout ce qui est local et analogique, même cela requiert l’utilisation d’outils numériques ou de technologies modernes.

Cette tendance génère ce que Konings désigne par le terme augmented intelligence.
C’est dans ce domaine que les jeunes diplômés doivent se profiler, car c’est un domaine porteur en termes d’emplois.
Prenons l’exemple de BMW. Le constructeur allemand a abandonné le concept du showroom chic et sophistiqué et il a rajeuni l’image de ses vendeurs : exit le costumecravate et place à des vendeurs plus jeunes, arborant un T-shirt sur lequel on peut lire «Product Genius», chargés de créer du lien avec les acheteurs potentiels en leur présentant les derniers gadgets à la mode.


QUAND L’UNIVERSITAIRE SE FAIT PLOMBIER...
Autre exemple typique de la mutation actuelle : l’entreprise de plomberie Verwarmslimmer (se chauffer plus intelligemment, ndlr) créée par trois universitaires, Tom Vandendriessche, Jan De Backer et Jonathan De Bilde. Comme l’explique en riant l’un des fondateurs : « J’ai fait une licence en sciences politiques avant d’enchaîner sur un master en gestion d’entreprise. J’ai travaillé comme business analyst, business process engineer, quality manager et audit manager. Aujourd’hui, j’ai monté une entreprise de plomberie : verwarmslimmer.be », dit Tom Vandendriessche. « Selon nous, créer une entreprise c’est commencer par se demander ce qu’on peut apporter aux autres en termes de clients existants, de clients potentiels, de collaborateurs, d’environnement de travail, etc. Ensuite, on aborde le point fondamental, du moins à nos yeux : la liberté, la possibilité de prendre réellement sa vie en mains. Si notre activité continue à se développer et que nous pouvons recruter, nous voulons offrir cette même liberté à nos collaborateurs.»
L’entreprise Verwarmslimmer illustre parfaitement l’évolution du marché du travail, notamment en véhiculant une toute nouvelle vision du travail. Pour Herman Konings, les trois fondateurs de Verwarmslimmer sont les nouveaux bâtisseurs de cathédrales, tournés vers l’avenir. Comme leurs illustres prédécesseurs, ils savent que leurs petits-enfants ne verront sans doute pas encore l’achèvement de leur oeuvre. On pourrait comparer cette démarche à une partie d’échecs de haut niveau : anticiper est le maître-mot. Les jeunes qui pensent de cette manière seront toujours plus nombreux à créer leur propre emploi, souvent sur le plan local.


... OU PAYSAN
C’est la voie choisie par Sabien Windels, une jeune ingénieure commerciale de 27 ans. Depuis plusieurs années, l’agriculture urbaine connaît un véritable engouement à l’étranger. C’est en partant de ce constat que Sabien décide de lancer son entreprise en 2014. Ce sera ROOF FOOD qui associe agriculture urbaine, sous la forme d’un potager sur les toits, et un restaurant-traiteur végétarien.«La mentalité des entreprises a fortement évolué au cours de ces dernières années », déclare Sabien. « Les jeunes entreprises créatives et les startups sont très attentives à leur image et elles souhaitent répondre le plus possible aux attentes de leurs collaborateurs. La possibilit de se faire livrer des plats végétariens peut s’inscrire dans cette démarche. Le préjugé selon lequel un repas végétarien ne se compose que de salade reste cependant encore trop souvent ancré dans les esprits ». Pour Sabien Windels, le choix du nom ROOF FOOD s’inscrit dans une logique.
«Nous avons créé une activité de traiteur et un potager urbain. Les deux vont ensemble. L’objectif est de favoriser l’agriculture urbaine, mais aussi d’organiser des activités éducatives, récréatives et sociales.
Outre la production du jardin en toiture, nous utilisons également des fruits et légumes biologiques produits par des agriculteurs locaux. Le jardin est aussi un lieu unique que nous voulons utiliser pour proposer dans une seconde phase des ateliers de jardinage, notamment pour des activités de teambuilding destinées aux entreprises.»
Sabien Windels a été sélectionnée fin novembre pour faire partie des 100 jeunes talents pour un avenir durable dans le cadre du projet Generation T, mis en place par Sihame El Kouabaki qui avait fait fureur avec son initiative Let’s Go Urban.


VERS LA FIN DU CAPITALISME?
D’après le célèbre penseur et essayiste américain Jeremy Rifkin, cette exigence de développement durable portée par les jeunes générations et qui s’accompagne d’un désir de voir émerger une société basée sur davantage de collaboration et de partage, devrait permettre aux jeunes diplômés d’échapper à la rat race et précipiter la fin du capitalisme.
Selon lui, l’économie de réseau numérique a permis de réduire les frais liés à l’offre de services à quasiment zéro. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, 6 millions d’étudiants suivent une formation universitaire en ligne. Les universités peuvent proposer les mêmes cours à un million d’étudiants supplémentaires sans débourser un seul centime. Les magasins traditionnels seront remplacés par des boutiques en lignes, les énergies renouvelables (solaire et éolienne) remplaceront les énergies fossiles et nos enfant n’achèteront plus de voitures, ils partageront des voitures autonomes. A cause de ces évolutions, toujours selon Rifkin, notre modèle de société basé sur la possession sera remplacé à terme par un modèle basé sur le partage. D’après Rifkin, la percée de l’Internet des Objets va faciliter cette transition : il sera possible d’échanger des machines, des objets et des vêtements à des prix dérisoires. Pour Rifkin, cela signifiera la fin du capitalisme, cette soif de l’or qui a causé tant de misère, et l’avènement d’un monde bien meilleur que celui que nous connaissons.

 

Maandag 27 Juni 2016 om 9:30

Geert Degrande

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